La Contrepartie Obligatoire en Repos (COR) est un dispositif légal obligeant l’employeur à accorder du temps de repos supplémentaire aux salariés effectuant des heures supplémentaires au-delà du contingent annuel de 220 heures. Comment calculer cette contrepartie et respecter vos obligations légales pour éviter des sanctions financières ? Cet article détaille les règles de calcul de la COR, les modalités de mise en œuvre, les obligations d’information des salariés et les conséquences financières, avec des exemples pratiques pour maîtriser ce dispositif.

La COR dans le Code du travail : explications essentielles
Comprendre le contingent annuel
A l’exception du cadre dirigeant, du salarié sous convention de forfait jours et du salarié à temps partiel, tout salarié en entreprise peut être amené à effectuer des heures supplémentaires.
Les heures supplémentaires sont accomplies dans la limite d’un certain nombre par année civile. Il s’agit du contingent annuel. Le nombre d’heures prévu dans le contingent peut être déterminé par la loi – il est alors fixé à 220 heures par salarié et par an – ou par convention ou accord collectif.
Dans le secteur du bâtiment, par exemple, le contingent annuel est abaissé à 180 heures, voire 145 heures pour les salariés dont l’horaire de travail est annualisé (IDCC 1596, 1597, 2609, 2707, 2420 et 1843).
⚠️ Certaines heures supplémentaires ne doivent pas être intégrées au contingent. Il s’agit des heures effectuées pour travaux urgents, des heures effectuées dans le cadre de la journée de solidarité et des heures ouvrant droit à un repos compensateur équivalent.
Comment fonctionne la contrepartie obligatoire en repos et quelles sont les règles légales applicables ?
Toute heure supplémentaire réalisée au-delà du contingent ouvre droit à une contrepartie obligatoire en repos (COR).
La Contrepartie Obligatoire en Repos (COR) est encadrée par l’article L. 3121-30 du Code du travail, complété par les articles D. 3121-7 à D. 3121-14 pour ses modalités d’application. Ce dispositif s’applique lorsque le salarié dépasse le contingent annuel d’heures supplémentaires, fixé à 220 heures par an en l’absence de dispositions conventionnelles spécifiques. Les articles D. 3121-18 à D. 3121-23 précisent les caractéristiques et conditions de prise de cette contrepartie.
À défaut d’accord, les modalités d’utilisation du contingent annuel d’heures supplémentaires et de son éventuel dépassement donnent lieu, au moins une fois par an, à la consultation du comité social et économique (CSE). Cet avis du CSE permet d’assurer un suivi paritaire du recours aux heures supplémentaires.
Conséquences financières et taux de majoration pour l’employeur
En plus des majorations de salaire prévues en contrepartie des heures supplémentaires, toute heure supplémentaire accomplie au-delà du contingent annuel ouvre droit à une contrepartie obligatoire en repos (COR). Cette majoration des heures supplémentaires constitue une charge financière significative que l’employeur doit anticiper dans sa gestion de la masse salariale. Le taux de cette contrepartie varie selon l’effectif de l’entreprise et les dispositions conventionnelles applicables.
A défaut d’accord collectif d’entreprise, l’article L. 3121-38 du Code du travail prévoit les contreparties suivantes.
Taux de majoration et COR dans les entreprises de moins de 20 salariés
Dans les entreprises de moins de 20 salariés, la contrepartie obligatoire en repos est fixée par défaut à 50 % des heures supplémentaires accomplies au-delà du contingent annuel. Ainsi, pour chaque heure supplémentaire effectuée au-delà du contingent, le salarié acquiert 30 minutes de repos.
Comment calculer la contrepartie obligatoire en repos des entreprises de plus de 20 salariés ?
Pour les entreprises comptant au moins 20 salariés, le taux légal de la contrepartie obligatoire en repos est porté à 100 % des heures supplémentaires accomplies au-delà du contingent. Chaque heure supplémentaire effectuée au-delà du contingent génère donc une heure complète de repos, sans diminution de rémunération.
Dispositions conventionnelles spécifiques
Certaines conventions collectives peuvent prévoir des taux de majoration différents ou des conditions de prise de repos spécifiques. Dans le secteur du bâtiment, par exemple, le taux de la contrepartie est fixé à 100 % pour les ouvriers et les ETAM, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Tableau récapitulatif de la majoration en salaire et en repos des heures supplémentaires hors contingent
| Effectif de l’entreprise | Majoration de salaire | Pourcentage COR |
|---|---|---|
| Moins de 20 salariés | 25 % (8 premières heures) 50 % (heures suivantes) | 50 % |
| 20 salariés et plus | 25 % (8 premières heures) 50 % (heures suivantes) | 100 % |
| Secteur du bâtiment (ouvriers et ETAM) | Selon convention | 100 % quelle que soit la taille |
ℹ️ Au risque de nous répéter : notez bien que la COR s’ajoute aux majorations salariales des heures supplémentaires. Ainsi, le salarié bénéficie d’une double contrepartie : la majoration salariale légale (25 % pour les 8 premières heures, 50 % au-delà) ET le droit à une contrepartie obligatoire en repos pour les heures au-delà du contingent.
Exemple pratique et chiffré
En septembre, Virgile a réalisé 9 nouvelles heures supplémentaires sur la première semaine. Il a dépassé son contingent annuel de 220 heures supplémentaires fin août. L’employeur de Virgile va devoir indemniser ses heures de la manière suivante (entreprise de 50 salariés) :
| Type de calcul | Heures concernées | Taux appliqué | Calcul | Montant/Temps |
|---|---|---|---|---|
| Majoration salariale | 8 premières heures | 25% | 8h × (salaire horaire × 1,25) | Majoration à 25% |
| Majoration salariale | 1 heure restante | 50% | 1h × (salaire horaire × 1,50) | Majoration à 50% |
| COR (Contrepartie Obligatoire en Repos) | 9 heures (totalité) | 100% | 9h × 100% | 9 heures de repos |
Récapitulatif pour Virgile (entreprise de 50 salariés) :
- Rémunération : 8 heures majorées à 25% + 1 heure majorée à 50%
- Repos obligatoire : 9 heures de COR (s’ajoutant à la rémunération)
Modalités d’attribution et prise de la COR
Ouverture des droits et information du salarié
Le droit à la contrepartie obligatoire en repos est réputé ouvert dès que la durée de ce repos atteint 7 heures, conformément à l’article D. 3121-18 du Code du travail. À ce moment, l’employeur est tenu d’informer le salarié de l’ouverture de son droit à la COR par un document annexé au bulletin de paie.
Ce document doit mentionner explicitement le nombre d’heures de repos acquis et rappeler que le repos doit obligatoirement être pris dans un délai maximum de deux mois suivant l’ouverture du droit, en l’absence de dispositions conventionnelles plus favorables. La Cour de cassation a confirmé cette obligation d’information (cass. soc. 29 mars 2017 n° 16-13.845), dont le non-respect peut entraîner un préjudice indemnisable pour le salarié.
Demande de prise et délai maximum
La contrepartie obligatoire en repos peut être prise par journée entière ou par demi-journée à la convenance du salarié. La durée du repos pris est déduite du droit à repos à raison du nombre d’heures que le salarié aurait accompli pendant cette période.
Le salarié doit formuler sa demande de prise de repos auprès de l’employeur en respectant le délai de prévenance prévu par l’accord collectif ou, à défaut, selon les usages de l’entreprise. L’absence de demande de prise par le salarié ne peut entraîner la perte de son droit à cette forme de repos. Dans ce cas, l’employeur doit lui demander de prendre effectivement ses repos dans un délai maximum d’un an lorsque le salarié dispose de droits suffisants.
Report, cas de maladie pendant la COR ou fin de contrat
En cas d’impossibilité de prendre la COR dans le délai de deux mois pour des raisons liées au service, l’employeur peut, en concertation avec le salarié, reporter la date de prise du repos. De même, en cas de maladie survenant pendant la période où devait être prise la COR, le salarié conserve ses droits qui sont reportés à son retour.
La COR est assimilée à une période de travail effectif pour le calcul des droits du salarié. En cas de rupture du contrat de travail, le salarié qui n’a pu utiliser l’intégralité de sa COR bénéficie d’une indemnité compensatrice en espèces dont le montant est proportionnel à la durée du repos acquis.
Contrepartie obligatoire en repos et bulletin de salaire
Comment présenter la COR sur la fiche de paie ?
Les salariés doivent être informés du nombre d’heures de COR portées à leur crédit par un document annexé au bulletin de paie. Doivent figurer plusieurs informations essentielles :
- le cumul des heures supplémentaires accomplies depuis le début de l’année ;
- le nombre d’heures de COR acquises ;
- ainsi que les heures de COR effectivement prises au cours du mois.
Une rubrique spécifique, généralement identifiée par un code, doit être créée dans le logiciel de paie en ligne pour assurer le suivi précis de ces droits à repos.
Impact fiscal et social
La COR bénéficie d’un statut particulier sur le plan fiscal et social. Elle est expressément assimilée à une période de travail effectif pour le calcul des droits du salarié, notamment pour l’acquisition des congés payés.
En matière fiscale, lorsque la COR est prise, elle n’apparaît pas comme un élément de rémunération supplémentaire sur la fiche de paie et n’est donc pas soumise à l’impôt sur le revenu. En revanche, si le salarié quitte l’entreprise sans avoir pu utiliser l’intégralité de sa COR, cela donne lieu à une indemnisation compensatrice considérée comme un paiement de salaires arriérés, soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu.
Repos compensateur obligatoire, repos compensateur de remplacement, contrepartie obligatoire en repos : quelles différences ?
Aucune différence n’existe entre ces le repos compensateur obligatoire et la contrepartie obligatoire en repos car ils désignent le même mécanisme juridique. La contrepartie obligatoire en repos (COR) constitue l’appellation officielle depuis la loi du 20 août 2008. Cette confusion terminologique persiste dans les entreprises. Les deux expressions renvoient au temps de repos automatiquement accordé dès le dépassement du contingent annuel de 220 heures supplémentaires.
Le repos compensateur de remplacement (RCR), quant à lui, constitue une alternative facultative et négociable au paiement des heures supplémentaires effectuées dans la limite du contingent annuel. Il se substitue à la rémunération majorée alors que la COR vient compléter cette majoration salariale.
⚠️ Attention, le choix du remplacement a un impact fiscal différent : contrairement aux heures supplémentaires rémunérées qui bénéficient d’exonérations, le RCR n’ouvre pas droit aux mêmes avantages fiscaux. L’employeur doit donc évaluer la pertinence et l’organisation de ces mesures salariales en fonction de sa situation et des attentes de ses employés.
Cas particuliers : travail de nuit, jours fériés et transport routier
Travail de nuit et repos compensateur
Le travail de nuit, défini comme toute période d’au moins neuf heures consécutives comprenant l’intervalle entre minuit et 5 heures, est soumis à un régime particulier concernant les heures supplémentaires. Les travailleurs de nuit bénéficient de la Contrepartie Obligatoire en Repos (COR) selon des modalités d’attribution spécifiques.
Ces heures de nuit, lorsqu’elles dépassent le contingent annuel, ouvrent droit à la COR avec une majoration plus importante. L’employeur doit prévoir des contreparties supplémentaires qui tiennent compte de la pénibilité accrue de ces horaires. En l’absence de dispositions conventionnelles, ces conditions d’accomplissement spécifiques nécessitent une autorisation préalable de l’inspecteur du travail.
Jours fériés, transport routier : spécificités
Pour les jours fériés, les heures correspondantes sont assimilées à du temps de travail effectif pour le calcul des majorations salariales, mais ne sont pas comptabilisées pour l’imputation sur le contingent annuel ni pour les droits à COR.
Dans le secteur du transport routier, un régime d’équivalence spécifique s’applique : les heures supplémentaires sont décomptées au-delà de 43 heures hebdomadaires pour les « grands routiers ». Ce seuil de déclenchement plus élevé tient compte des particularités du secteur et des temps de conduite.
💡À noter : les heures supplémentaires effectuées pour faire face à un accident imminent ou des travaux urgents sont exclues du contingent annuel et n’ouvrent pas droit à la COR, après information de l’inspection du travail.
Vous l’aurez compris, la Contrepartie Obligatoire en Repos (COR) nécessite une gestion rigoureuse des temps de travail, un suivi précis des droits acquis par les salariés et une information transparente via le bulletin de paie. Un logiciel de paie fiable et précis ou un SIRH intégrant la paie simplifie grandement cette tâche sensible pour vos ressources humaines. Notre cabinet de paie vous assiste dans le paramétrage et la maîtrise de cet outil facilitant.
FAQ – Vos questions sur la contrepartie obligatoire en repos
Peut-on refuser de faire des heures supplémentaires ?
En principe, le salarié ne peut pas refuser d’effectuer des heures supplémentaires demandées par l’employeur qui fait face à un surcroît d’activité, sauf motif légitime. Toutefois, le refus est justifié si le salarié n’a pas été prévenu suffisamment tôt ou si les heures complémentaires dépassent les limites légales ou conventionnelles prévues.
Que se passe-t-il si la COR n’est pas prise ?
L’absence de prise de la COR n’entraîne pas la perte du droit au repos compensatoire. L’employeur doit demander au salarié de prendre effectivement ses repos dans un délai maximum d’un an lorsque celui-ci dispose de droits suffisants. En cas de rupture du contrat, une indemnité correspondant aux droits acquis est versée.
Quelle différence entre repos compensateur et RTT ?
Le repos compensateur est accordé ponctuellement en contrepartie d’heures supplémentaires effectuées au-delà du contingent annuel. Les RTT (Réduction du Temps de Travail) compensent une durée hebdomadaire de travail régulièrement supérieure à 35 heures, permettant de maintenir une moyenne de 35 heures conformément aux accords collectifs d’entreprise./
Combien d’heures supplémentaires peut-on faire par semaine ?
La durée maximale hebdomadaire incluant les heures supplémentaires est de 48 heures, sans pouvoir dépasser 44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives. Des dérogations sont possibles dans certaines situations exceptionnelles, toujours avec autorisation de l’inspection du travail pour garantir la protection de la santé des salariés.